Mot du président d’honneur 2019

Mot du président d’honneur 2019

Oser les rencontres et les découvertes

J’ai accepté avec joie l’invitation qui m’a été faite de jouer le rôle de président d’honneur du 40Salon du livre de l’Outaouais. Je tiens tout de suite à préciser quelque chose : l’honneur, c’est l’équipe du SLO qui me le fait. Et je ferai en sorte d’être à la hauteur de la joie qui m’habite. J’aime ma quarantaine, même si j’entamerai bientôt la dernière année de cette décennie d’accomplissement. Et si celle du SLO est à l’image de la mienne, le Salon n’a pas fini de nous étonner.

La première fois que j’ai franchi les tourniquets du Salon, c’était en 1991. J’y étais à titre de journaliste culturel pour La Rotonde. J’avais pu interviewer, à l’époque, des auteurs de renom, dont Jean-Noël Pancrazi, qui venait de remporter le prix Femina pour son sublime roman Les Quartiers d’hiver, et le regretté Albert Jacquard, qui publiait Voici le temps du monde fini. L’étudiant au bac en biologie que j’étais avait été enchanté par l’intelligence de ce biologiste, généticien et essayiste. Surtout, j’avais été surpris de voir à quel point les grands auteurs étaient faciles d’approche et simples.

Je suis revenu au SLO chaque année comme journaliste jusqu’en 1994, année de la publication de mon premier livre. J’y avais rencontré Gaston Miron et lui avait offert mon recueil. Le lendemain, il était venu me voir pour me parler de ma poésie avec générosité et empathie. Avec le recul, je sais qu’il m’avait épargné. Je me souviens aussi du SLO de 2000, où j’avais été invité d’honneur sous l’exceptionnelle présidence de mon ami Stéphane-Albert Boulais. Le prochain Salon sera, déjà, mon 28e.

À 40 ans, le prochain Salon du livre de l’Outaouais sera celui de la maturité, mais aussi celui des remises en question. D’où cette formidable idée de slogan qui nous invite à oser. Et il marquera mon retour comme écrivain après plusieurs années de silence. Ce sera mon premier salon à ce titre avec Anne-Marie Trudel. Quand on s’est connu, j’y venais comme président de la commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine de la Ville de Gatineau.

Le Salon du livre de l’Outaouais a toujours fait une large place aux auteurs et aux éditeurs franco-ontariens. J’en profite pour rappeler l’importance de la mobilisation qui a cours en ce moment chez nos voisins pour faire valoir leurs droits et sauver leurs institutions. Cela nous concerne tous.

Je reviens au Salon. 40 ans. L’âge où l’on est établi. L’âge où on sait ce que l’on veut. L’âge où l’on est incarné. L’âge où l’on peut sortir des sentiers battus sans crainte de se perdre dans la forêt de la vie.

C’est à cela que nous vous convions. Au plaisir de la découverte, de l’audace.

L’équipe du Salon du livre travaille d’arrache-pied pour vous préparer, à vous lectrices et éditeurs, écrivaines et penseurs, une programmation et un lieu de rencontres comme il s’en fait peu. Ce grand salon à dimension humaine,  prisé tant par les autrices que les passionnés de lecture de tous âges, animera la vie littéraire et la vie tout court le temps de réchauffer la froide fin de semaine du 28 février au 3 mars. Pendant quatre jours, le centre-ville, ses restos, ses bars et ses hôtels deviendront autant de lieux satellites du Palais des Congrès. Il y sera question de beauté et d’amitié pour quiconque osera le rendez-vous.

« On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu’on n’oserait confier à personne », a écrit Cioran. C’est dans ce rapport intime que se construit le lien entre le lecteur et l’écrivain. En donnant accès à des parts de nous que nous ne révélons pas d’ordinaire et qui trouvent écho chez celle qui lit.

J’aime aussi ce mot de Diderot : « Que je vive obscur, ignoré, oublié, proche de celle que j’aime, jamais je ne lui causerai la moindre peine, et près d’elle le chagrin n’osera pas approcher de moi ».

Oser le SLO, c’est s’éloigner de la vacuité du quotidien qui ne cesse de nous rappeler les dérives de notre monde. Oser le SLO, c’est aller entendre des discussions et des tables rondes qui nous nourrissent et nous rendent plus intelligents. Oser le SLO, c’est tisser des liens avec des gens qu’on ne connaît pas ou si peu. C’est ce que j’entends faire avec les invité.e.s d’honneur qui seront eux et elles aussi ambassadeurs et ambassadrices des mots et des livres. La famille que nous formerons pendant ces quelques jours d’hiver se transformera en smala si vous relevez notre invitation. Nous vous y accueillerons comme des membres de la famille. Venez nous voir, nous parler, échanger avec nous. Osez le SLO, car sans votre présence et votre ouverture à nos univers, nos livres resteront lettres mortes.

Les pieds bien ancrés dans la terre, la tête dans les nuages, j’entends profiter de chaque minute du Salon. Le poisson-girafe qui orne l’affiche du SLO nous rappelle qu’il est possible de sonder les profondeurs de la psyché humaine tout en s’adaptant pour tendre la cou et la tête pour se rapprocher du ciel. D’ici là, d’ici à ce que nous remuions ensemble eau, ciel et terre, nous serons nombreux à porter ce message : Ose le SLO!

Après tout, on n’a pas tous les jours 40 ans!